« Dzokoto ku voa, Tengué li », telle est l’une des déclamations solennelles qui résonnent au son du grand tambour traditionnel « Tahoungan » lors des obsèques d’un patriarche en pays éwé.
Sa signification est aussi limpide que profonde : « le père s’en est allé, mais son héritier demeure.»
Cette maxime ancestrale ouvre aujourd’hui un débat crucial sur la vie politique au Togo.
Dans plusieurs pays de la sous-région, lorsque des crises majeures surviennent entre opposition et pouvoir pourtant tous enfants d’une même nation, les anciens et les sages sortent de leur réserve. Ils convoquent les protagonistes autour d’une même table pour instaurer le dialogue, trouver un consensus et préserver la paix sociale.
La question se pose alors avec acuité : vers qui peut-on encore se tourner au Togo ?
C’est ici que la réalité semble contredire la sagesse de cet adage emblématique.
Ces personnalités tutélaires jouent pourtant un rôle fondamental dans la stabilité d’un État.
Leur seule présence impose le respect et tempère les ardeurs des acteurs politiques, soucieux de ne pas braver l’autorité morale de leurs aînés auprès desquels ils vont d’ailleurs chercher conseil.
Pour exercer une telle magistrature morale, cet « Ancien » doit dépouiller toute appartenance partisane. Il ne milite plus, ne brigue plus aucun mandat électif qu’il s’agisse de la présidence de l’Assemblée nationale, d’un siège de sénateur ou de député et se place au-dessus de la mêlée.
Tout ceci ramène inévitablement à cette interrogation, la formule « Dzokoto ku voa, Tengue li » trouve-t-elle encore toute sa place dans le Togo d’aujourd’hui ?
Richard Maglo
