Les coups de pioche ont retenti à Glidji. Dans la préfecture des Lacs, la construction d’une Maison des femmes vient de démarrer. L’objectif est simple et ambitieux: offrir aux femmes un espace à elles pour apprendre, entreprendre et gagner en autonomie.
Porté par la commune des Lacs 1 avec l’appui de l’UNFPA, le projet mobilise 70 millions de francs CFA. Un investissement qui répond à une réalité de terrain: dans cette zone, beaucoup de femmes font déjà vivre leur famille grâce au commerce, à l’agriculture ou à la transformation de produits locaux. Mais elles le font souvent sans formation, sans financement, et sans lieu pour se regrouper.
La future Maison ne sera pas qu’un bâtiment. Elle est pensée comme un centre de ressources. Celles qui pousseront sa porte pourront se former à la transformation agroalimentaire, à la couture, à la coiffure, à l’artisanat, mais aussi à l’informatique et à l’entrepreneuriat. Des modules pratiques sur la gestion, le marketing et la comptabilité simplifiée sont prévus pour celles qui veulent passer du débrouillard au structuré.
L’enjeu dépasse la technique. En regroupant les femmes, la Maison crée une dynamique collective. Une couturière peut y rencontrer une productrice de gari, une jeune diplômée en quête d’idée peut y croiser une artisane expérimentée. C’est ce tissage de liens que visent les initiateurs du projet.
Autre volet clé: l’accès au financement. Trop de porteuses de projets s’arrêtent faute de moyens. La Maison aura pour mission de rapprocher les femmes des institutions de microfinance, des programmes de crédit et des dispositifs d’accompagnement. L’idée est de traduire la formation en activité concrète et rentable.
Cette initiative s’inscrit dans une orientation nationale plus large. Ces dernières années, plusieurs programmes ont vu le jour pour renforcer l’inclusion financière et l’entrepreneuriat féminin. La Maison de Glidji devient une déclinaison locale de cette volonté politique.
Pour l’UNFPA, partenaire du projet, l’impact ne se limite pas à l’économie. «Chaque fois qu’on développe une femme, c’est une famille que l’on développe et c’est une nation que l’on fait progresser», a déclaré Elise Kakam, membre de la délégation. Derrière les chiffres, il y a donc une vision sociale: renforcer le leadership féminin et, par ricochet, le développement des communautés.
La Maison se veut aussi un lieu d’échange. Les femmes entrepreneures, les artisanes, les jeunes porteuses de projets pourront y partager leurs expériences, leurs échecs et leurs astuces. Cette circulation de savoirs est souvent ce qui manque le plus dans le secteur informel.

Avec ce chantier, Aného rejoint Vogan et Tsévié, deux communes qui disposent déjà d’espaces similaires. Le maillage territorial progresse, et avec lui la reconnaissance du potentiel économique des femmes comme levier de développement local.
À Glidji, les murs montent. Et avec eux, l’espoir de voir plus de femmes transformer leurs compétences en revenus stables, leurs idées en petites entreprises, et leur isolement en réseau solidaire.
Amour SEKOS
