C’était le dernier rempart, le filet de sécurité des fins de mois difficiles, le compagnon fidèle de l’étudiant, de l’ouvrier et de la ménagère.
Au Togo, le gari a toujours été bien plus qu’un simple dérivé du manioc, il était le « sauveur » national. Une solution d’urgence accessible à toutes les bourses, capable de calmer la faim quand le panier de la ménagère sonnait creux.
Mais aujourd’hui, ce pilier de notre résilience alimentaire est en train de s’effondrer, victime d’une dérive marketing déconnectée de la réalité.

Sous prétexte de « moderniser » le produit ou de lui donner une touche d’esthétique, certains commerçants togolais ont trouvé le filon, mélanger le gari avec du lait et des arachides pour le revendre à des prix exorbitants.
En transformant ce repas de secours en un produit de luxe « prêt à consommer », et bien que cette pratique puisse sembler anodine, le vrai danger est qu’elle pousse les producteurs de gari à augmenter artificiellement le prix du bol sur tout le marché.
Si jamais les gains de ce gari « VIP » font envie aux producteurs, c’est tout le prix du gari brut qui risque de grimper vers des sommets jamais vus.
Il est à craindre que cette quête de profit facile ne détraque le marché local et ne coupe définitivement le gari de son public naturel.
Si l’on y prend garde, il se pourrait que ce symbole de la débrouille populaire s’achète bientôt à prix d’or, laissant les populations face à un vide vertigineux.
La cherté de la vie au Togo ne doit pas être aggravée par un opportunisme commercial qui sacrifierait notre sécurité alimentaire sur l’autel du gain.
Pour que le consommateur togolais moyen puisse encore se nourrir dignement, il faut que les autorités et les acteurs du marché régulent ces pratiques avant qu’il ne soit trop tard. À moins que l’on ne veuille que le sauveur national devienne lui-même un luxe inaccessible, il est temps d’agir pour que le gari reste le gari du peuple.
Richard MAGLO
