À une trentaine de kilomètres de Daloa, dans la sous-préfecture de Bédiala au cœur du Haut-Sassandra, le village de Nahi Konankro vit au rythme d’une crise hydrique qui s’enlise. Depuis plusieurs années, les quelque 1 500 habitants affrontent une pénurie d’eau potable qui bouleverse chaque aspect de leur quotidien.
Chaque jour, le calvaire commence bien avant l’aube. Dès 4 heures du matin, les femmes quittent leurs foyers, bassines et bidons en équilibre sur la tête, pour d’interminables marches. Certaines parcourent jusqu’à six kilomètres, souvent pour rentrer bredouilles ou avec une seule cuvette d’eau.

« Nous nous levons à 4 heures du matin pour chercher de l’eau. Parfois, nous revenons avec une seule cuvette, voire rien du tout », témoigne Yao Affoué Monique, le visage marqué par la fatigue. Cette routine épuisante est devenue la norme pour des dizaines de mères de famille.
Le village s’approvisionnait autrefois grâce à des puits traditionnels. Mais ces points d’eau se sont asséchés au fil des ans, victimes des aléas climatiques et de la baisse des nappes phréatiques. En dernier recours, les populations se sont tournées vers les marigots environnants.

Une solution qui atteint aujourd’hui ses limites. « Tous les puits sont secs. Et maintenant, même les marigots disparaissent », alerte N’Goran Amoin Edith, habitante de Nahi Konankro. La saison sèche aggrave encore la situation, réduisant à néant les dernières réserves.
L’eau que les villageois parviennent à collecter pose un autre problème majeur : sa qualité. Trouble, stagnante et impropre à la consommation, elle constitue une menace directe pour la santé publique. Les cas de maladies hydriques se multiplient.
« Cette eau nous rend malades. Nous sommes obligés de la faire bouillir avant de la boire », déplore Kouassi Camir, père de famille. Malgré cette précaution, enfants et personnes âgées restent particulièrement exposés aux infections diarrhéiques et parasitaires.

Au-delà de la soif, c’est l’insécurité qui guette. Les femmes, contraintes de partir de nuit sur des sentiers escarpés et isolés, s’exposent à des morsures de serpents et à d’autres dangers. « Nos femmes partent très tôt et reviennent tard. Elles prennent de grands risques », confirme N’Guessan N’Goran Firmin, président de la jeunesse du village.
Face à l’urgence, les habitants interpellent directement les autorités. Leur appel s’adresse en priorité au ministre du Budget et du Portefeuille de l’État, Mamadou Touré, par ailleurs président du Conseil régional du Haut-Sassandra. Ils réclament des actes concrets et rapides.
« Nous avons besoin de forages modernes et d’infrastructures hydrauliques. C’est une question de survie », martèle Kouakou Yao Serges, porte-parole des populations. Pour lui, seule une réponse structurelle peut mettre fin à ce cycle de précarité.
Fondé en 1965, Nahi Konankro se heurte aujourd’hui à un paradoxe amer : près de 60 ans après sa création, l’accès à l’eau potable reste un luxe. En attendant une intervention de l’État, le village retient son souffle, espérant voir un jour l’eau couler au robinet et non plus au prix d’un combat quotidien.
