Le gouvernement béninois monte au front contre l’« Atinkinkouin », cette appellation de rue qui désigne des substances psychotropes, souvent du Tramadol détourné, et qui décime depuis des mois jeunes et conducteurs de taxi-moto, les Zémidjan. Le phénomène, devenu une urgence urbaine, a poussé l’exécutif du président Romuald Wadagni à sortir de la prudence.
Réuni en conférence de presse ce vendredi 5 juin à Cotonou, le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin a dévoilé la stratégie officielle. « Nous avons déclenché une lutte implacable », a-t-il martelé, annonçant la mise en place d’un comité multisectoriel. Police, douane et acteurs du secteur pharmaceutique travaillent désormais main dans la main pour couper les circuits de trafic de ces médicaments détournés.

L’encadrement de la vente est au cœur du dispositif. Selon le ministre, l’achat de Tramadol dans les officines publiques ne peut plus se faire sans ordonnance. « C’est un médicament sous contrôle et encadré », a rappelé Benjamin Hounkpatin, insistant sur la nécessité de fermer les brèches qui permettent aux comprimés de fuir vers la rue.
Les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme sur les dégâts. L’Atinkinkouin provoque des conséquences physiques et mentales graves chez les consommateurs réguliers : dépendance, troubles neurologiques, accidents pour les conducteurs sous influence. Pour les Zémidjan, principaux utilisateurs, la drogue est devenue un facteur de mortalité routière et sociale.
Au-delà de la répression, le gouvernement veut aussi briser le tabou. Le ministre a déploré la banalisation de ces produits dopants dans certains milieux urbains, où ils sont consommés pour tenir de longues heures de travail ou supporter la fatigue. La consommation est désormais traitée comme un enjeu de santé publique à part entière.
Avec cette opération, Cotonou espère enrayer la propagation de l’Atinkinkouin avant qu’elle ne s’installe durablement. Le pari est double : assécher l’offre par le contrôle du Tramadol, et réduire la demande en ciblant les populations les plus exposées. Le comité multisectoriel doit rendre ses premiers résultats dans les semaines à venir.
Source : Africaho