Samedi 12 septembre 2026, Aného ville historique des Lacs a accueilli l’apothéose de la 9ème édition de Bakatué-Anèzan, la grande fête identitaire de la communauté Adjigo et Alliés. Venus de la préfecture, du Togo et de la diaspora, les fils et filles de la cité se sont retrouvés pour célébrer l’alliance sacrée entre l’eau douce et l’eau de mer.

Cette année avait une saveur particulière. Deux anniversaires majeurs ont donné au rituel une portée historique : les 360 ans de la cession de la terre de Sanvee-Condji à Vodougbé au patriarche Kwamena Densu, dit Quam Dessou, fondateur d’Aného, et les 100 ans du retour des déportés de Mango. Mémoire et résilience étaient donc au cœur de chaque geste.
Le point d’orgue de la journée a été la procession de la paix. Parti du Palais Royal de Nlessi, le cortège royal a traversé la ville jusqu’à la plage, non loin de l’hôtel Oasis. En tête, Sa Majesté Nana Anè Ohiniko Quam Dessou XV, Roi des Mina, entouré d’un impressionnant parterre de têtes couronnées. Des délégations venues du Ghana, du Bénin et d’autres chefferies du Togo ont répondu présent, scellant ainsi la dimension sous-régionale de la célébration.

Arrivés au bord de l’océan, les rites ancestraux ont pris toute leur force. Prêtres et dignitaires ont élevé des prières avant de procéder aux offrandes aux divinités des eaux douces et de la mer. Dans un silence recueilli, puis dans des chants, la communauté a renouvelé le pacte avec les éléments, demandant protection, fertilité et prospérité pour l’année à venir.
La culture a ensuite pris le relais. Sur l’esplanade, groupes folkloriques et chorales se sont succédé. Danses guerrières, chants en Guin-Mina, rythmes traditionnels : chaque prestation racontait un pan de l’épopée Adjigo, de l’exode d’El Mina au Ghana jusqu’à la fondation d’Aného. Le public, nombreux, a repris en chœur, transformant la plage en une immense scène vivante.

Du côté des officiels, le ministre chargé de la Culture, M. Isaac TCHIAKPE, a salué la portée de la fête. Pour lui, Bakatué-Anèzan ne doit pas se limiter au rituel. « Ce doit être un moment de retrouvailles, de transmission de connaissances, de valorisation de notre culture et de développement de tout le potentiel du peuple Guin-Mina », a-t-il martelé devant les chefs et la foule.

Prenant la parole, Sa Majesté Nana Anè Ohiniko Quam Dessou XV a exprimé sa profonde gratitude aux hôtes venus de loin. Il a particulièrement remercié les rois et chefs traditionnels du Ghana, du Bénin et du Togo pour leur déplacement. Tourné vers l’avenir, il a formulé un vœu fort : que les 360 prochaines années soient marquées par des projets concrets pour le développement des cités sœurs.

La veille, l’apothéose avait déjà commencé avec des actes symboliques forts. Au siège de la Fondation Nana Anè XV, une opération de don de sang a mobilisé jeunes et adultes. Puis, dans une atmosphère solennelle, trois monuments ont été dévoilés : la statue de Quam Dessou, le buste de Franck Kuasi GABA et la stèle à la mémoire de tous les déportés de Mango. Trois pierres pour ne jamais oublier.
Bakatué-Anèzan, qui signifie en Fanti « l’ouverture de l’eau de mer à l’ouverture de l’eau douce », a ainsi tenu toutes ses promesses. Au-delà du folklore, la fête a été un acte de mémoire, un hommage aux ancêtres et une affirmation d’identité. Pour la communauté Adjigo et Alliés, c’était l’occasion de revaloriser les pratiques ancestrales et de rappeler au monde que l’histoire d’Aného continue de s’écrire, entre terre, eau et fraternité.
Amour SEKOS
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