Victime d’une arnaque aux sentiments monumentale, Janet Fordham avait perdu près d’un million de livres sterling en cinq ans. Elle est décédée le 14 février 2023 dans un accident de la route au Ghana, alors qu’elle espérait épouser l’homme qui lui promettait de l’aider à récupérer son argent.
C’est l’histoire d’une chute vertigineuse, celle d’une femme « broyée » par une machinerie criminelle d’une efficacité redoutable. Janet Fordham, ancienne gouvernante de 69 ans originaire du Devon au Royaume-Uni, a perdu la vie le jour de la Saint-Valentin sur une route ghanéenne. Pour ses proches, sa vie s’était déjà arrêtée bien avant, sous les coups de manipulateurs sans visage.
Tout commence en 2017. Veuve, Janet s’inscrit sur des sites de rencontres et tombe sous le charme d’un profil : un prétendu sergent de l’armée britannique en mission en Syrie. Le scénario est classique, mais dévastateur. L’homme lui promet le mariage et l’achat d’une maison commune, tout en réclamant des fonds pour transférer des lingots d’or vers le Royaume-Uni.
L’enquête a permis de retracer précisément la descente aux enfers de la retraitée. Elle a d’abord dû se résoudre à la vente de tous ses biens immobiliers, liquidant sa maison, son terrain ainsi que l’intégralité de son épargne-retraite. En quelques années, le patrimoine d’une vie s’est évaporé dans des virements à l’étranger.
Prise dans une spirale de surendettement extrême, elle a ensuite emprunté plus de 140 000 £ à sa propre famille. Elle a multiplié les crédits à la consommation pour satisfaire les demandes incessantes de ses interlocuteurs, convaincue que chaque versement la rapprochait du remboursement promis.
Cette situation a conduit à une véritable déchéance sociale. Celle qui jouissait autrefois d’un patrimoine confortable a terminé ses jours dans une caravane installée au fond du jardin de son fils. L’isolement et la honte ont progressivement remplacé le confort matériel.
Le témoignage de sa belle-fille, Melanie Fordham, lors de l’enquête judiciaire a démontré l’impuissance des familles face à ce que les experts appellent le « contrôle coercitif ». Malgré les interventions répétées de la police en 2017, 2020 et 2022, des banques et même des médecins, rien n’a pu arrêter Janet.
« Parce qu’elle était considérée comme saine d’esprit, bien que manifestement sous influence, nous étions absolument impuissants », déplore son fils Mel. L’emprise psychologique ne laissait aucune prise légale aux proches pour bloquer les transactions.
La législation britannique, comme dans de nombreux pays, protège la liberté individuelle et le droit de disposer de ses biens tant qu’une altération mentale n’est pas médicalement prouvée. Une faille dans laquelle les escrocs s’engouffrent avec cynisme, jouant sur la solitude et l’espoir de leurs victimes.
En octobre 2022, Janet s’envole pour Accra, Ghana. Elle y rejoint Kofi, un homme rencontré en ligne. Ce dernier l’avait contactée en prétendant être un médecin travaillant à temps partiel dans un magasin de réparation de téléphones. Il affirmait avoir vu des messages sur un téléphone en réparation et se sentait « obligé » de l’aider à récupérer ses fonds.
Une nouvelle fois, l’amour et l’espoir d’une réparation financière se confondent. Le jour de la Saint-Valentin 2023, alors que le couple se rendait dans la région de l’Oti pour obtenir l’accord de la famille de Kofi en vue d’un mariage, leur véhicule quitte la route. Janet Fordham ne survivra pas à ses blessures. Le conducteur, Kofi, a depuis plaidé coupable d’infractions routières.
Si la police a écarté l’implication directe d’un tiers dans l’accident, le fils de la victime reste formel : ce sont les escrocs ghanéens qui ont « détruit sa vie ». Une page GoFundMe a été ouverte pour rapatrier le corps de celle qui, au crépuscule de sa vie, n’avait plus rien, si ce n’est l’espoir tragique de retrouver sa dignité perdue.
Amour SEKOS
