L’ancien président de la République, Thomas Boni Yayi, a annoncé mercredi 22 juillet 2026 qu’il fera valoir son droit de membre de droit au sein du Sénat. L’information, publiée sur sa page officielle, a surpris jusqu’à ses proches. Il y a quelques mois encore, l’ancien chef de l’État campait parmi les opposants les plus déterminés à la création même de cette nouvelle chambre du Parlement béninois.
En novembre 2025, lors de la révision constitutionnelle, Boni Yayi avait multiplié les prises de position contre le projet. Il qualifiait alors le Sénat d’institution inopportune, coûteuse et inutile pour la démocratie. Son rejet s’inscrivait dans une critique plus large des réformes institutionnelles conduites sous le précédent régime, et son discours ne laissait aucune ambiguïté.
Aujourd’hui, le ton a changé. L’ancien président explique que le contexte politique national l’a conduit à réévaluer sa position. Il pointe une Assemblée nationale largement dominée par une seule majorité, et des espaces de débat et de concertation qu’il juge de plus en plus réduits. Pour lui, la donne a évolué, et avec elle la fonction que pourrait jouer la Chambre haute.
Selon Boni Yayi, le Sénat peut devenir un lieu de respiration démocratique. Il l’envisage comme un cadre capable de rassembler les différentes sensibilités politiques et de contribuer à apaiser le climat sociopolitique. C’est cette nouvelle lecture des institutions qui fonde, dit-il, sa décision de siéger dans une structure qu’il combattait auparavant.
L’ancien chef de l’État insiste : il n’agit par ambition personnelle. Il invoque l’article 113-3 de la Constitution, qui confère aux anciens présidents le statut de membres de droit du Sénat. Il promet de mettre son expérience au service de la nation, avec pour axes la défense des droits de l’Homme, la protection des libertés fondamentales, le renforcement de l’unité nationale, ainsi que la promotion du dialogue, de la sécurité, de la démocratie et de la paix. Il souhaite faire de cette institution « un vase d’honneur au service des intérêts du peuple béninois ».
Le calendrier s’accélère. Une réunion préparatoire est prévue le 25 juillet à Cotonou sous la conduite de l’ancien président Nicéphore Soglo, doyen d’âge des membres de droit. L’installation officielle du Sénat est quant à elle fixée au 30 juillet 2026 à Porto-Novo. L’entrée en fonction de Boni Yayi interviendra donc quelques jours après cette première rencontre.
Créé par la révision de novembre 2025, le Sénat est l’une des grandes innovations des récentes réformes politiques. Il comptera 25 membres, associant anciens chefs d’État et personnalités désignées selon les dispositions constitutionnelles. Sa mission affichée est d’apporter un contrepoids, de relire les lois et d’encourager le consensus.
Le revirement nourrit déjà un débat intense. Pour ses partisans, c’est un acte de responsabilité : occuper tous les espaces institutionnels pour y défendre les valeurs démocratiques. Pour ses détracteurs, c’est une contradiction difficile à assumer, eux qui rappellent ses appels à combattre la réforme. Au-delà des postures, Thomas Boni Yayi s’avance désormais avec un défi clair : convaincre que sa présence au Sénat répond à l’intérêt général, et non à une simple adaptation aux nouvelles réalités institutionnelles.
Amour SEKOS
Source : Cloche du monde
